La part des anges : vivre en pays d'Armagnac et en pays du Cognac

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La part des anges : vivre en pays d'Armagnac et en pays du Cognac

Il existe une expression française – la part des anges – qui appartient au monde des vins et des eaux-de-vie élevées en fût. Elle désigne la fraction d'alcool qui s'évapore chaque année à travers les douves de chêne pendant le vieillissement : la part qui monte, invisible, dans l'air des chais. Dans les grandes régions de production du Sud-Ouest et de la façade atlantique, ce processus lent et patient se perpétue depuis des siècles. C'est, à sa façon, une métaphore assez juste du rythme de vie qui prévaut dans ces deux territoires.

L'Armagnac et le Cognac sont les deux grandes eaux-de-vie de France. Elles partagent plus qu'un cépage de base : toutes deux sont distillées à partir de vin blanc – l'Ugni Blanc domine dans l'une comme dans l'autre – et toutes deux sont élevées en fût de chêne français avant leur mise en bouteille. Elles occupent des territoires voisins, l'un au cœur du Sud-Ouest, l'autre sur la côte atlantique, et définissent ensemble une portion de campagne française parmi les plus discrètement attachantes du pays. Pourtant, elles sont, par leur caractère, résolument différentes – et les régions qui les produisent le sont tout autant.

Les méthodes de production

Le Cognac, le plus connu des deux à l'échelle internationale, est produit dans les Charente et Charente-Maritime, autour de la ville éponyme qui s'étire sur les rives de la Charente. La production y est rigoureusement encadrée : le vin est distillé deux fois dans des alambics charentais en cuivre, ce qui donne une eau-de-vie d'une élégance et d'une régularité remarquables. Elle est ensuite élevée en fût – Limousin ou Tronçaïs – puis assemblée avec soin. Les grandes maisons – Hennessy, Rémy Martin, Martell, Courvoisier – en ont fait l'un des spiritueux les plus reconnus au monde, et la ville de Cognac elle-même dégage cette assurance tranquille propre aux lieux qui excellent dans leur savoir-faire depuis longtemps. 

L'Armagnac fonctionne selon des principes sensiblement différents. Plus vieille eau-de-vie de France – attestée dès 1411 – elle est produite dans trois appellations réparties dans le Gers et ses environs : le Bas-Armagnac à l'ouest, la Ténarèze au centre, et le Haut-Armagnac à l'est. Là où le Cognac privilégie la double distillation et l'assemblage maîtrisé, l'Armagnac recourt à une distillation unique dans un alambic continu – l'alambic armagnacais – qui préserve davantage le caractère brut du vin et du terroir. Il en résulte une eau-de-vie au tempérament bien affirmé : plus rustique, plus complexe, parfois plus exigeante, mais capable d'une profondeur remarquable.

L'un des traits les plus distinctifs de la production traditionnelle d'Armagnac reste le bouilleur de cru – le distillateur itinérant qui charge son alambic sur une remorque et vient à la ferme plutôt que l'inverse. Dans la Ténarèze et une partie du Bas-Armagnac, cette pratique survit encore, et le spectacle de l'alambic installé dans une cour de ferme en novembre, l'air vif et chargé de l'odeur de la nouvelle eau-de-vie, est une image qui ne s'oublie pas. Contrairement au Cognac, l'Armagnac peut être – et est souvent – millésimé : une seule récolte dans un seul fût, ce qui signifie qu'une bouteille d'Armagnac 1962 provient réellement de cette année-là, et non d'un assemblage destiné à l'évoquer.

Deux paysages, deux façons de vivre

Le pays du Cognac, c'est la Charente : doucement vallonné, pastoral, traversé par une rivière large et paisible. La ville est élégante, ses bâtiments anciens noircis par le Baudoinia compniacensis, ce champignon qui se nourrit de la part des anges – l'évaporation rendue visible. La campagne alentour est avant tout agricole, vignes et tournesols se partageant l'espace, et les marchés de Cognac, Jarnac ou Saintes offrent un aperçu d'une culture gastronomique tournée vers l'Atlantique : huîtres de Marennes-Oléron, beurre charentais, Pineau des Charentes – l'apéritif local, mélange de moût et de Cognac – servi généreusement avant le déjeuner.

Le pays de la Ténarèze a un tout autre caractère : le relief est plus varié, les villages plus épars. Condom et Valence-sur-Baïse en sont les centres naturels, avec l'abbaye de Flaran – un chef-d'œuvre cistercien du XIIe siècle parfaitement conservé – au cœur d'une campagne peu modifiée depuis des siècles. Auch, la capitale gasconne, est à une heure vers le sud, avec sa cathédrale et sa statue de d'Artagnan (le fils le plus célèbre du Gers, du moins dans la fiction) qui veillent sur une ville qui mériterait qu'on s'y attarde davantage.

L'apéritif, ici, c'est le Floc de Gascogne – un assemblage d'Armagnac et de moût de raisin, quelque part entre le vin doux naturel et quelque chose d'entièrement singulier – servi frais, avant tout repas qui en vaut la peine. Le rythme des marchés d'automne, la cadence tranquille de la semaine de travail, la qualité particulière de la lumière de l'après-midi sur les collines gasconnes : ce sont des choses difficiles à décrire à qui ne les a pas vécues, et parfaitement évidentes pour qui les a connues.

Visiter et découvrir les deux régions

Les deux territoires offrent de belles occasions d'aller au-delà de la bouteille. Les maisons de Cognac proposent dégustations et visites de chais, du spectaculaire et soigné (la traversée en bateau organisée par Hennessy est réellement impressionnante) à l'artisanal et intimiste, où un producteur vous guidera à travers un chai et versera depuis un fût sans la moindre mise en scène. Les voies navigables de la Charente se prêtent au voyage lent – en canoë, en péniche ou simplement à pied sur le chemin de halage qui relie Cognac à Jarnac par la rive nord.

Dans la Ténarèze, la Route de l'Armagnac relie les distilleries et les domaines de l'appellation, dont beaucoup accueillent les visiteurs sur rendez-vous. La période des vendanges et de la distillation – de novembre à janvier environ – est la plus propice à une visite, même si le calendrier festif du Gers offre ses propres plaisirs tout au long de l'été.

Biens en pays d'Armagnac

Pour ceux qu'attire la Ténarèze, trois biens issus du portefeuille BVI illustrent la diversité de ce que ce coin discret du Gers a à offrir.


chateau gersAu sommet de la gamme, le Château Busca Maniban à Valence-sur-Baïse (2 600 000 € – BVI68709) est l'un des véritables joyaux du Gers – une magnifique expression de l'architecture classique française dominant un léger promontoire avec des vues panoramiques sur le pays de l'Armagnac. Construit en 1649 et tenu par la même famille depuis 1803, il est le genre de bien qui rend l'histoire de cette région palpable. Le chai et les dépendances offrent un potentiel sérieux pour un projet hôtelier ou événementiel au cœur de l'appellation – mais pour beaucoup d'acquéreurs, la perspective de devenir le prochain gardien de Busca Maniban n'appellera guère d'autre justification.


country estate montreal du gers2À proximité du village de Montréal-du-Gers, labellisé Plus Beaux Villages de France, ce domaine gascon superbement restauré (770 000 € – BVI79540) propose une version plus intime de la vie gasconne : sept chambres, un cottage indépendant, une piscine à eau salée et 4,4 hectares avec installations équestres. Les Pyrénées sont visibles par temps clair, et la gare TGV d'Agen est facilement accessible.


maison de maitre lectoure gersÀ dix minutes seulement de Lectoure – l'une des villes perchées les plus attachantes du Gers – cette exceptionnelle maison de maître (1 590 000 € – BVI83043) a été entièrement rénovée pour offrir 650 m² de volumes élégants, avec un pigeonnier reconverti en pool house et 1,4 hectare de terrain plat et paysagé. C'est précisément le genre de propriété où une belle cave de millésimés de la Ténarèze trouverait un écrin tout naturel.


Biens en pays du Cognac

Trois biens issus du portefeuille BVI donnent un aperçu de ce que propose le pays du Cognac, à des échelles et des niveaux de prix très différents – avec, fil conducteur remarquable, une histoire de distillation partagée par deux d'entre eux.


chateau cognac jarnacCet extraordinaire château du XIXe siècle à Jarnac (1 750 000 € – BVI70783) a été construit pour un riche négociant en Cognac et domine la rive nord de la Charente, à cinq minutes à pied du centre-ville – et des maisons Courvoisier, Hine, Delamain et Royer. Avec 798 m² de surface habitable répartis sur trois niveaux, un parc en pente douce jusqu'à la rivière et un statut de bâtiment classé ouvrant droit à des déductions fiscales pour les travaux de restauration, c'est un projet pour un acquéreur visionnaire – et patient.


manoir bessac charenteÀ 975 000 €, ce manoir superbement restauré près de Bessac (BVI84543) s'inscrit dans un autre chapitre de la même histoire. Établi sur sept acres avec vue sur les vignes, il s'agissait autrefois d'une distillerie de Cognac, et l'ensemble – qui comprend un gîte, un appartement indépendant, une piscine aux carrelages luminescents et une activité de location saisonnière établie – a su tirer le meilleur parti de cet héritage.


farmhouse cognac charentePour ceux qui recherchent le caractère authentique du pays du Cognac à un prix plus accessible, cette belle ferme charentaise près de Jonzac (399 900 € – BVI84804) a quelque chose de particulier à offrir. Entourée de vignes et de tournesols dans un hameau tranquille, elle aussi fut autrefois une distillerie : les cuves d'origine sont toujours présentes sous le carport, et sous les jardins se trouve une cave voutée du XIIe siècle d'un charme certain. La maison principale offre 274 m² de volumes soignés avec cinq chambres et des panneaux solaires, l'aile de l'ancienne distillerie présente un potentiel de gîte, et la gare de Jonzac – avec des liaisons directes vers Bordeaux – n'est qu'à quelques minutes.


La réalité du marché immobilier

Pour les acquéreurs qui envisagent un bien dans l'une ou l'autre région, le marché de la qualité à prix réel reste attractif. La Charente continue d'attirer des acheteurs séduits par son accessibilité – depuis le Royaume-Uni via les aéroports de La Rochelle, Poitiers et Limoges, ou depuis Paris par le TGV – et par sa douceur de vivre. Les plus beaux biens – maisons de maître et manoirs – restent rarement longtemps sur le marché ouvert. 

La Ténarèze est moins connue des acheteurs internationaux, ce qui fait partie de son intérêt. Elle offre toute la gamme de l'architecture gasconne – bastides, fermes en activité, parfois petit châteaux – à des prix qui reflètent encore un marché où la valeur est réelle. Auch est à portée, Toulouse à moins de quatre-vingt-dix minutes, et les Pyrénées se profilent à l'horizon par temps clair.

Les deux régions récompensent ceux qui cherchent non seulement une maison, mais un territoire à habiter pleinement – où le rythme de l'année agricole, le rituel du marché hebdomadaire et les plaisirs d'une cave bien garnie ne sont pas des à-côtés de la vie quotidienne, mais en constituent le cœur.

Les anges, semble-t-il, ont eu de bonnes raisons de prendre leur part depuis si longtemps.